La mort de la vieille dame

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par Daniel CARRÉ


Les seules réactions sur la mort dans le jardin de l’hôpital Gérontologique de l’AP-HP Sainte Périne dans le 16e arrondissement de Paris dans la nuit du 17 au 18 janvier ont été celles de la CGT. Cette protestation sur le manque de moyen dans cet hôpital est certes légitime, mais le débat ne peut se limiter à ce constat.

 

Cette fin révèle aussi le très profond désespoir des patients : la fugue de cette vieille dame de 90 ans m’évoque la légende népalaise des vieilles sherpanis partant l’hiver dans la montagne pour y mourir de froid. Cette mort tragique symbolise la fin de vie dans les institutions de séjour longue durée des personnes âgées. Ce sujet devrait tous nous interpeler, car nous serons presque tous concernés.

L’augmentation de la durée de vie est une excellente évolution dans la mesure où la vieillesse ne se traduit pas par une perte d’autonomie. Vieillir, c’est chiant, comme le disait Bernard Pivot dans un billet récent, mais ce n’est pas abominable, c’est même super quand on est comme moi arrière grand père capable d’accueillir chez lui de jeunes pousses adorables.

Globalement, seul 10% des personnes finissent leur vie dans la dépendance lourde, à domicile pour la majorité, en maison de retraite ou en EHPAD pour le reste, environ 700 000, dont quelques milliers dans des établissements hospitaliers USLD/SSR comme Sainte Périne.

L’hébergement a été transformé depuis une dizaine d’années dans une perspective de médicalisation pour sortir d’une logique d’hospice. Or la réponse n’est pas médicale : on ne guérit pas de la vieillesse ni des maladies dégénératives qui plongent dans la décadence les personnes atteintes et dans le malheur les familles qui les portent. Les institutions deviennent inéluctablement maltraitantes comme le montrent d’innombrables témoignage qui ne font hélas pas la une des journaux, d’autant qu’elles sont contraintes par des modes de financement très encadrés. Par exemple, des budgets d’achats de nourriture de 3,5 à 4 € par jour et par personne !

Toutes les enquêtes d’opinion montrent que ce système est rejeté. Qui plus est, il devient paradoxalement un placement financier attractif comme l’illustre une récente campagne de publicité aux particuliers, pour créer des EHPAD destinées aux moins défavorisés. Ce doit être une priorité nationale que de réfléchir à l’accompagnement et à la prise en charge décent des vieux dépendants.