Entretien avec André Boiffin, animateur de l’atelier Reliure

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par François Andrault

André Boiffin : Pourquoi la reliure…, les courants de la vie, mon grand intérêt pour les livres transmis par mon père.

Je suis “monté" de la province à Paris pour des études de médecine, et je suis devenu médecin hospitalier à Charles Foix qui s'occupait des "vieilles personnes".

 

Lors du cursus médical, il faut toucher déjà “la rude matière", allier matière et esprit, pour mieux comprendre ceux qui viennent vous voir. Durant mes études, à l'hôpital psychiatrique, en ergothérapie, il y avait un atelier de reliure, dirigé par un infirmier où j'ai fait relier des livres de médecine : faire, peut aider à trouver une issue à des difficultés.

J'ai connu l'association de gérontologie du 13ème par le docteur Balier, son fondateur. Il savait que les personnes âgées ont besoin de soins psychiatriques, différents de ceux des autres âges. C'était dans le milieu des années 60, au début du secteur psychiatrique, pour allier le médical et le social, avec le professeur Berthau, une autre personnalité remarquable. J'y ai été membre et même président et y ai connu le docteur Guillet son principal animateur. J'y ai participé jusqu'à ses derniers feux, puis continué avec Générations13.

Quand l'hôpital m'a mis à la retraite, j'ai pensé à mon beau-père très bricoleur, qui reliait des livres. Il achetait son matériel à la Manufacture de Saint Etienne. Je ne suis ni bricoleur, ni adroit. J'ai hérité de son matériel sommaire : il avait appris la reliure tout seul, en observant et en lisant de petits ouvrages techniques qui accumulent tout un savoir faire. La retraite permet de faire des choses, mais encore faut-il le vouloir.

Un atelier de reliure préexistait, situé dans l'appartement d'accueil de la gérontologie, celui de "Madame Piaget", âgée maintenant de 90 ans.Elle avait un cousin "de la profession", qui malgré sa cécité répondait aux questions difficiles d'une douzaine de personnes.

La reliure, c'est un art difficile qui nécessite du temps, de la patience, du doigté, un savoir faire manuel important, de bien se situer dans l'espace. Il y a des spécialités, comme la dorure, sommet de l'art. Je suis encore un élève et j'ai besoin de conseils de Madame Huguet, bon pied, bon oeil et très habile.

Nous utilisons des livres variés. Le contenu léger, humoristique…, la forme…, il faut créer une harmonie avec son aspect, son habit ; on y est sensible, inconsciemment.

Nous dépiautons, débrochons, décousons entièrement…, puis recousons. Faire le dos, les cartons, recouvrir, c'est un travail d'au moins deux douzaines d'opérations ! C'est assez long, mais l'ouvrage sera unique. Petits artisans, nous utilisons de la toile, du skaï, de la peau, du carton… et de la colle de farine !

On peut se rattraper, il y a de petites astuces, notamment pour recouvrir, car le skaï ou la peau se modèlent un peu, ce n'est pas mécanique, c'est un coup de main. On s'approprie peu à peu le savoir.

Nous sommes des amateurs, autodidactes, un petit groupe de six personnes. Nous reconnaissons, apprécions le travail des uns et des autres. Nous nous donnons des coups de main, une relation amicale s'est créée. Il y a une ouverture, une curiosité, un vouloir apprendre et entrer en contact.

Nous sommes six, le local est complet. Initier complètement une autre personne, un apprenti, sans expérience, ce serait difficile… mais il y a le devoir et le plaisir de transmettre ce qui s'apprend par le faire.