La parole aux proches

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par Marie-Adine Esmoingt

Avant de rejoindre le groupe, chacun bénéficie d'un entretien approfondi avec le médecin, qui permet d'évaluer ensemble l'opportunité de cette participation, compte tenu de la situation.

Cette attention à mon malaise, dans le cadre "protégé" d'un dialogue où l'assurance de la confidentialité permet de tout dire, m'a été précieuse, en amont de l'expérience d'échange collectif proposé par le groupe.   De plus, chacun savait qu'il pouvait à tout moment compléter l'apport de celui-ci par un rendez-vous personnel.

Les réunions, co-animées de façon discrète et non directive, par le Docteur Oxusoff-Etienne et Mme Juishomme, psychologue clinicienne, avaient lieu tous les mois pendant 2 heures, en matinée.

Au terme de chaque réunion, en vue de la suivante, un thème proposé par les animatrices et validé en commun, servait de fil conducteur aux échanges.   Cela aidait à la prise de parole sur des thèmes souvent ressentis douloureusement et dans la confusion des sentiments en permettant la confrontation bienveillante de nos vécus solitaires

J'y ai souvent puisé une force et une sérénité nouvelles pour vivre ce qui m'incombait ; la perception mutuelle que nous avions les uns des autres nous aidait parfois à infléchir nos comportements, à les faire évoluer vers plus de liberté intérieure. Notre point commun à tous était en effet de se sentir pris au piège dans le rôle que nous avions à jouer, malgré l'attachement à la personne concernée.

A l'occasion des rencontres, empreintes d'un réel climat amical, nous pouvions échanger des solutions, transmettre une information utile, mais l'essentiel était de trouver là de quoi se sentir moins seul et démuni face à ses responsabilités, inchangées mais vécues un peu différemment.

Notre groupe était mixte, ce que j'ai beaucoup apprécié, l'accompagnement difficile de proches dépendants n'étant pas forcément l'apanage des femmes.

Nos échanges que les animatrices laissaient "couler" en les recadrant simplement de temps en temps, étaient souvent chargés d'émotion, mais le climat de respect mutuel rendait possible ce "lâcher prise" momentané sans susciter la gêne souvent liée aux manifestations publiques de ce qu'on éprouve. En même temps, le fait d'être en groupe servait de régulateur aux affects et aidait à ne pas se laisser déborder par eux.

Ma participation au groupe "La parole aux proches" a duré jusqu'au décès de ma mère. La dernière étape de sa vie s'est déroulée dans un cadre institutionnel de grande qualité, que le Docteur Oxusoff-Etienne m'a aidée à trouver.

L'expérience du groupe a été essentielle pour me permettre de reprendre mon souffle et poursuivre de façon plus légère, l'accompagnement de ma mère jusqu'au bout, ce qui est très important pour moi aujourd'hui.