L’activité physique pour mieux vivre et mieux vieillir

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par le Dr Pierre Guillet

Le corps en mouvement

Non entretenue, la capacité d’adaptation diminue avec l’âge.

Lors de réunions familiales, il est frappant de voir que les mouvements de chacun sont inversement proportionnels à leur âge.   Les petits enfants s’agitent énormément, vont vite, courent partout, sous les tables, sous les chaises.   Les adolescents dansent des heures durant. Puis à partir de quarante ans , plus on mûrit moins on bouge.   On pourrait probablement déterminer l’âge approximatif d’une personne à la trajectoire totale qu’elle a effectuée pendant la soirée !

Avec l’âge, nous avons donc tendance à bouger de moins en moins, et ce pour plusieurs raisons. Le système cardio-respiratoire ne récupère plus de la même façon.   De plus, on constate une baisse progressive des performances des capteurs plantaires , visuels et vestibulaires, un affaiblissement de la force musculaire et une augmentation des temps de réaction à une situation imprévue.

Mais ce phénomène est extrêmement lent ! Or, l’activité physique diminue très vite, du fait d’une culture qui n’encourage pas le mouvement ni les exercices  physiques, passé un certain âge.   Une certaine immobilité dans la posture est même synonyme de puissance ou de réussite sociale !

L’activité physique diminuant beaucoup avec l’âge, il se crée un cercle vicieux  entre la baisse des performances et la baisse de l’activité physique.   Le malheur c’est que cela ne gêne pas l’individu : je ne suis pas gêné puisque je ne fais plus d’effort ! Je bouge moins et j’entretiens moins bien mes capteurs en particulier ceux de l’oreille, spécialisés dans les mouvements rapides.   Et le cerveau « s’adapte » à cet état comme si nous  avions perdu notre fonction vestibulaire :

Environ 20 % des sujets  âgés dans une institution n’utilisent plus leurs fonctions vestibulaires, alors que celles-ci sont intactes lors des tests médicaux ! Intactes mais en quelque sorte “endormies” parce que non utilisées : c’est alors la vision qui prend le relais  des vestibules défaillants et qui devient une fonction primordiale chez ces sujets âgés.

Or si l’œil devient indispensable à la fonction de l’équilibration, il ne peut plus être utilisé, par exemple, à regarder les oiseaux voler dans le ciel sans risquer de perdre cet équilibre.   Il ne supporte plus de voir les mouvements autour de lui qui l’empêchent de surveiller une position verticale stable.   De la même façon, les risques de chutes augmentent quand on s’adresse à une personne âgée qui marche, car on perturbe son attention à l’équilibre.

Progressivement, l’utilisation dominante de la vision pour se maintenir en équilibre fonctionne comme une “béquille visuelle” et le sujet diminue son activité physique et sociale.

Un nouveau cercle vicieux se met en place.

C’est dire qu’en adoptant une stratégie essentiellement visuelle avec l’âge, on abandonne un réglage automatique de l’équilibration au profit d’un système d‘équilibration plus conscient, qui nécessite notre attention mais qui conduit à terme à notre isolement.